lundi 25 janvier 2016

Le Yovel

la crise est devant nous: apres il faudra reconstruire le monde financier: la proposition sera de separer les moyens de productions qui seront pour les entreprises vitales distribues au peuple , de la gestion qui sera donné par appel d'offre pour cinquant ans......
 
La loi du Yovel décrite par le Talmud est un moratoire que se fixe la société tous les cinquante ans et qui ramène le rythme de l'activité économique à l'échelle humaine. La société affirme alors un objectif de justice pour l'instauration de la fraternité entre ses membres, qui accompagne le projet économique de puissance et d'augmentation du profit. Ces deux objectifs doivent être intimement liés. Cette volonté de justice et ce besoin de profit peuvent paraître contradictoires et c’est pour cela que la Torah avance l'idée de moratoire. Au choix de liberté ou de justice, le Talmud donne justement cet espoir de liberté et de justice. Face au capitalisme qui nous propose une liberté complète des mécanismes économiques sans intervention de l'état, au socialisme qui prône un interventionnisme institutionnel, le Talmud va construire ce solidarisme inexploré : une économie libérale qui, tous les cinquante ans, va se tourner vers elle-même pour faire le point. Comme Élie Munk l’exprime dans La Justice sociale en Israël[1] :
 
Aussi longtemps que les rivalités économiques et les inégalités sociales opposeront les intérêts individuels les uns aux autres, la politique du laisser-faire ne saurait être mise au service du bien commun.
 
Le texte du Talmud ordonne un temps d'arrêt dans le cycle économique et social. Si pendant quarante-neuf ans, la société est perçue comme un marché à conquérir, la cinquantième année, elle redevient une communauté de personnes, certaines perdantes, d'autres gagnantes, dans laquelle des déséquilibres se sont créés et des injustices sont à réparer. Au temps du Yovel[2], l'homme n'est plus mesuré selon son utilité pour les autres, ni selon l'efficacité de son travail, mais selon son niveau moral. C'est un retour sur soi qui est proposé à la société toute entière, un moment de remise en cause, l'occasion de dresser un bilan. En effet pour le Talmud, la société est un ensemble de solidarités qui se croisent, le riche devant être redevable au plus modeste, dont le labeur contribue à son bien-être. Cette vue est clairement exposée par les rabbins de la célèbre maison d'étude de Yavné :
 
Je suis une créature de Dieu et mon voisin l'est également ; mon travail se fait en ville et le sien dans les champs ; je me lève de bonne heure pour travailler et lui aussi ; s’il ne peut pas exceller dans ma tâche, je ne le peux pas davantage dans la sienne[3].
 
L'économie a toujours été confrontée à l'antagonisme de l'esprit idéaliste et de l'esprit matérialiste. L'esprit matérialiste a conduit aux idéaux de croissance, en laissant de côté l'esprit idéaliste qui prône de respecter la justice, l'environnement ou toute autre réflexion de développement durable. Depuis la fin des années 1990, la littérature économique recherche la stratégie qui allierait économie, croissance et développement durable : citons Brown Lester R (Eco-économie), Jean-Marie Harribey (Economica[4]) ou encore Serge Latouche et sa réflexion qui nous invite à déconstruire l’imaginaire économique[5],. La demande d'un changement profond et d'une nouvelle réflexion sur la croissance et ses buts, a ouvert le débat sur la légitimité de celle-ci comme fondement de l'économie politique. Le débat sur l'exigence d'un développement durable s'articule en particulier sur trois points :
• l'exigence d'un développement respectueux des milieux naturels ;,
• la volonté d'un changement dans les relations économiques et la promotion d'un commerce équitable ;
• et enfin, une réflexion concernant la croissance ou même la décroissance soutenable des pays industrialisés.
 
À ces interrogations, la loi du Yovel apporte, avec le solidarisme talmudique, une réponse originale sans pour autant prôner la décroissance. L'économie durable, tout d'abord, a été de tout temps une préoccupation talmudique.
 
Le Yovel répond aux exigences du développement durable. Au-delà du respect que porte le Talmud à l'environnement, il nous propose non pas une économie de décroissance mais de restructuration, un ajustement structurel, après des années de liberté économique. Cette intervention extérieure aux forces du marché va déconstruire le libéralisme économique et changer ses structures pour rééquilibrer les injustices, lutter contre la pauvreté et rétablir la coopération entre les membres de la société.
 
Ce principe d'arrêt tous les cinquante ans n'est pas là pour définir l'intérêt général de la société. Au débat de l'intérêt général, vu pour certains comme la somme des intérêts particuliers ou pour d'autres comme le plus petit dénominateur commun entre les intérêts divergents des membres de la société, la Torah substitue une notion nouvelle : le niveau de l'humanité. Il fixe une organisation de la vie économique, qui délimite dans un cadre d'économie libérale, des normes minimales d'humanité. Cet arrêt est un véritable examen de passage pour la communauté, c'est un indicateur social de réussite ou d'échec. Il a un coût pour la société dans son ensemble puisque nonobstant la redistribution des richesses, la société doit dans son ensemble faire face à une remise à zéro des dettes. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce système va réconcilier capitalisme et Tsedaka, puisque la société devra prendre en compte, comme une donnée exogène au système, le coût d'un trop grand déséquilibre qui devra être réajusté après les années accordées de liberté totale.
 
Dans le cadre de cette année du Jubilé, en dehors de l'annulation des dettes, deux autres exigences sont aussi prises en compte. La première s'attache à l'idée de la redistribution des terres, qui doivent être comprise dans un terme beaucoup plus large de redistribution des ressources et des fortunes.
 
Cette redistribution de la propriété refonde de façon profonde les relations économiques entre les agents. Quant à la seconde, elle est la liberté redonnée aux esclaves, qui doit ici aussi être appréhendée dans le sens plus large du retour de l'homme à la liberté.
 
À retenir
*Le Yovel est un moratoire que se fixe la société tous les cinquante ans.
* Si pendant quarante-neuf ans, la société est perçue comme un marché à conquérir, la cinquantième année, elle redevient une communauté de personnes, certaines perdantes, d'autres gagnantes, dans laquelle des déséquilibres se sont créés et des injustices sont à réparer.
*La cinquantième année, répond à trois exigences : l’annulation des dettes, la redistribution des ressources et le retour de l’homme à la liberté.
 
 
 
Pour Élie Munk, l'idée de redistribution des ressources que préconise le solidarisme talmudique, est un système d'économie qui « ignore le procédé socialiste des nationalisations » [6]. La pensée économique juive respecte la propriété privée et ne peut être comparée aux méthodes de gestion des états communistes. Mais si le procédé des anti-nationalisations est ignoré, c'est parce que le système juif partage les moyens de production entre tous les membres de la collectivité. Comme le souligne Munk :
 
 Chaque membre de la collectivité reçoit sa part de moyen de productions[7],.
 
La redistribution proposée par le solidarisme talmudique n'a pas de lien avec les solutions socialistes. Il ne s’agit en aucun cas d’une socialisation des terres, puisque le terrain agricole appartient à l'agriculteur propriétaire de son champ. La méthode employée n'est pas non plus totalitaire, tout d’abord parce qu’en tant que propriétaire, le paysan sera libre de vendre ou d'acheter des terres et d'y cultiver ce que bon lui semble, mais aussi parce que la notion de propriété proposée par la Torah n'est pas une propriété sur la terre elle-même, mais sur la production.
 
Le paysan n'est pas propriétaire du moyen de production, ici la terre, mais il est propriétaire pour un temps plus ou moins long du produit de la terre. Ainsi, le judaïsme offre une nouvelle conception de la propriété. Élie Munk en rappelle les principaux points : dans le judaïsme, le point de départ du système économique est le partage et la répartition de la terre, moyen de production (MDP), entre tous ses habitants. Les habitants, possesseurs de la terre[8], n'ont pas le droit de vendre leur droit à perpétuité, mais celui-ci leur revient d'office après cinquante ans[9] :
 
 La liberté sera publiée dans le pays pour tous les habitants, chacun retournera dans sa propriété et chacun retournera dans sa famille.
 
Les conséquences de ces principes sont les suivantes[10] :
 
Une économie nationale qui se déroule en circuits périodiques réglés tous les cinquante ans. Un appauvrissement complet est rendu impossible et une concentration exagérée de grandes propriétés ne l'est pas moins (…) Le type de modèle préconisé par ce système est celui de la petite propriété .
 
Ici aussi, le modèle du solidarisme talmudique se montre à la fois réaliste et original. Réaliste tout d'abord puisque dans les économies modernes, les encouragements aux développements des PME[11] sont souvent délaissés bien que celles-ci représentent dans la plupart des pays presque 60% des emplois et plus de la moitié de la valeur ajoutée. Au contraire, la crise financière de 2008 a montré les limites des grandes entreprises et la nécessité d’une autorégulation du marché. Original ensuite puisque la solution proposée par le solidarisme talmudique est la séparation des moyens de productions[12] des entreprises vitales pour l’économie et de la gestion des moyens de production (GMDP).
 
Cette propriété des moyens de production est une possession à perpétuité avec un droit de vendre cette possession pour cinquante ans seulement. Dans le cadre du solidarisme talmudique, les entreprises vitales devraient, dans la même optique, être partagées entre les habitants, sous forme de bons ou d’obligations mères, bons moyens de production (BMDP), dont la valeur baisserait avec le temps jusqu’à la cinquantième année. Leur baisse serait également assujettie aux résultats des sociétés et ils donneraient droit à une rémunération mensuelle.
 
Pour rendre réaliste ce système de rémunérations, il faudrait que les sommes allouées remplacent les allocations et autres versements donnés par l’État. Si les moyens de productions étaient partagés entre les habitants, la gestion des entreprises vitales pour l'économie pourrait rester entre des mains privées. Elle se ferait par appel d’offres pour leur gestion sur une durée de cinquante années. Comme l'exprime Élie Munk[13], la législation talmudique cherche à réaliser avant tout, selon une formule de Léon Walras, l'égalité des conditions générales plutôt que celle des positions personnelles :
 
En conséquence, d’après l’auteur de La Justice sociale en Israël, ce ne sont pas tant les inégalités elles-mêmes que les mesures tentent à supprimer, mais plutôt la formation de classes opposées par l'extrême dénuement d'un côté et l'immense richesse de l'autre qu'elles s'appliquent à empêcher.
 
Pour Theodore Herzl, une telle gestion serait possible. Sans pousser le raisonnement dans toute sa logique économique, il nous en décrit un début de mécanisme. L'auteur dépeint un système dans lequel un organisme de presse appartiendrait entièrement au peuple mais dont la gestion serait laissée à des délégués, dans un système mutualiste [14] :
 
Je n'ai pas dit que la formule de nos journaux fut la seule formule coopérative. Celle-ci a pris la place seulement dans certaines entreprises (…) qui par l'abondance des capitaux, le prix des installations techniques et la cherté des informations ont pris nettement le caractère de grosses industries.
 
Mais à côté il existe, poursuit l’auteur, « des journaux plus petits ».
 
Ce partage périodique pousse la liberté d'entreprendre à l'extrême puisque le propriétaire de l'exploitation ou de gestion des moyens de production devra tous les cinquante ans s'en séparer et n'aura que ce temps accordé pour faire du profit. Il ne peut en aucun cas y avoir de justice sociale et de liberté si les moyens de production restent répartis in æternam entre un groupe d'individus sans possibilité de changements.
 
Afin de rétablir la justice sociale et de rééquilibrer la disparité entre les riches et les pauvres, il convient de retrouver l’équilibre originel. Cette redistribution est une véritable remise à niveau de la société, avec possibilité d'annulation des ventes. Plus largement, il s’agit d’une restitution de la richesse commune à la société dans son ensemble. L’instauration de familles toutes puissantes n’est pas envisageable car le solidarisme talmudique nous convie à la défense de la liberté par un ajustement structurel. C'est enfin un projet de société où l'espérance n'est jamais brisée. Ce système est le seul à s'attaquer à la pauvreté, avec un moratoire sur les dettes, et à contribuer à la paix sociale. Fidèle à l'idée originale d'Adam Smith ou la préoccupation de l'économie est aussi la répartition des richesses, puisque selon ce classique, « l'économie analyse les processus de création et de répartition de la richesse ».
 
Et comme nous l'avons écrit dans Une réponse juive à l'anarcho-capitalisme[15] :
 
 Si l'économie pour certains n'a que faire des conséquences d'une répartition inégale de la richesse pour n'étudier que la production (…) toutes choses égales par ailleurs, l'objectif unique d'accroissement de la richesse comme objectif collectif, sans regard sur la répartition de ces richesses, peut, à terme, aboutir à l'éclatement de la stabilité et de l'équilibre économique.
 
Enfin, la solution proposée par la Bible met un terme à la contradiction d'une présence sur les marchés de très grandes entreprises publiques et privées, confrontées à un même environnement concurrentiel, pour définir une nouvelle entreprise publique dans ses moyens de productions, et privée dans sa production et sa gestion. Le but de cette loi économique est social et vise à contribuer à la continuité de la progression économique. Ainsi, la pensée et le système économique juifs ne sont pas soumis au diktat de la loi de Pareto[16], dans laquelle une réponse est donnée aux 20 % de la population.
 
S’inscrivant en porte-à-faux de la pensée libérale, qui appréhende l'économie seulement en évaluation monétaire, le solidarisme talmudique présente une approche universelle qui tente d'englober tous les individus de la société.
 
 
À retenir
*La solution proposée par le solidarisme talmudique est la séparation des moyens de production des entreprises vitales pour l’économie et de la gestion des moyens de production.
*Pour rendre réaliste ce système de rémunérations, les sommes allouées doivent remplacer les allocations et autres versements attribués par l’État.
*Si les moyens de production sont partagés entre les habitants, la gestion des entreprises vitales pour l'économie peut rester entre des mains privées.
 


[1] P. 154.
[2] Arrêt tous les cinquante ans.
[3] Berakhot 17 a.
[4] 1998.
[5]Survivre au développement, édition Mille et une nuits, Fayard.
[6] La Justice sociale en Israël, p. 209.
[7] P. 220.
[8] MDP.
[9] Lévitique, 25,10.
[10] P. 83.
[11] Petites et moyennes entreprises.
[12] MDP.
[13] P. 84.
[14] Retour a Altneuland, la traversée des utopies sionistes, 2004, Editions De l’Eclat, p. 195-196.
[15] Richard Sitbon, Editions l'Harmattan 2008.
[16] L’économiste et sociologue italien, Wilfredo Pareto (1848-1923) avait mis en évidence le fait que la répartition des revenus de la société n’était pas équitable. Ce principe prouve également qu’un faible nombre de facteurs permet d’expliquer la majeure partie des phénomènes.

mercredi 11 novembre 2015

Morale juive, notre force. Les escrocs parmi nous, notre plus grand danger

Morale juive, notre force. Les escrocs parmi nous, notre plus grand danger.
 
De tout temps, la fierté d'appartenir au peuple juif dans les temps anciens et moderne, en Israël et à l'étranger, réside dans notre conscience que nous détenons le bien le précieux: notre morale. Cette morale, reçue sur le mont Sinaï, message universel aux nations, nous donne notre force. Dans un monde de guerres, de violences, ou toutes les atrocités semblent dépassées, Israël est l'espoir du monde.  Israël espoir du monde,  oui sans détour, parce que nous avons cette tradition ancienne, qui nous a donné cette insoumission sans âge, immémoriale qui affirme depuis deux mille ans, et plus encore aujourd'hui avec ce retour sur notre terre, notre refus d'être dans la chronique de l'histoire humaine un peuple parmi tant d'autre.
Israël espoir du monde, parce que nous avons ce livre la thora, rebelle à toute logique, à toute désuétude, à tout génocide. Ce livre, qui nous a donné la force de braver la machine des siècles, pour nous faire revenir, de façon si inouïe si singulière sur notre terre. Pour nous faire vivre aujourd'hui, cette expérience hors du temps, qui destitue l'histoire elle-même et ses prétendus impératifs.
Ce livre qui crie à un monde devenu inhumain, ce cri d'espoir: Rien n'est impossible.  Ce livre et cette moralité avec cette reconnaissance d'un Dieu unique, qui nous a permis de survivre, d'abord, puis de se reconstruire.
Dans ces heures difficiles pour le peuple juif, avec en Europe la montée de l'antisémitisme, et en Israël des vagues d'attentats terroristes, le peuple juif doit encore une fois, montrer son courage et sa foi.
Hélas, dans ce moment de notre histoire, ou notre unité doit être notre force, et notre héritage notre certitude, il y en nous des usurpateurs. Des complices de nos ennemis. Des usurpateurs qui n'ont de cesse de piller ce que notre peuple a de plus cher: notre croyance dans l'homme. Dans la perfectibilité de l'homme et de la création.
Ces usurpateurs et destructeurs de notre peuple, sont ses escrocs, qui parmi nous en Israël ou en France, n'ont plus qu'une valeur: l'argent.
Forex, panneaux Photovoltaïque, escroqueries à l'assurance ou celle dite du président, nombreux hélas, sont  les arnaques, que ses usurpateurs d'identités juives, soumis au veau d'or de l'argent, inventent dans une imagination débordante chaque année. Provoquant faillites,  ruinant des personnes naïves, qui pour certaines ont vidé  leur économies de retraite pour se retrouver à la rue.
Usurpateurs d'identités juives, oui, car même si quelques-uns portent la kippa, ils se sont retranchés de notre peuple. Ils ont abandonnés leur héritage, se détournant de la parole de Dieu.
Les menaces qui pèsent sur notre présent et notre avenir, les difficultés de la vie ne doivent pourtant jamais nous faire perdre de vue que le judaïsme est d'abord et avant tout une exigence éthique, et que nous sommes les héritiers de valeurs fondamentales. Etre le témoin, de ces valeurs reçues sur le mont Sinaï, est l'une des dimensions essentielles du judaïsme.
Chaque fois qu'un être humain est attaqué ou humilié notre devoir de juif est de ne pas l'accepter. Humaniste, un membre du peuple juif  ne peut devenir tortionnaire  au nom de la morale juive, mais aussi au nom de la mémoire juive. Trop souvent persécuté, nous ne pouvons que vomir ceux d'entre nous qui sont devenus des persécuteurs, au nom de l'argent.
 
 
 

mardi 4 août 2015

Crise de la dette européenne: La grande tricherie

Crise de la dette européenne: La grande tricherie
Dans une économie mondialiste de plus en plus concurrentielle, que demande-t-on au pays européens du sud: de revoir son système de société. Mais dans quel but ? Pour plus de bonheur ? Non.
Seulement pour survivre. Mais alors un système qui demanderait à un autre de s’adapter non pour progresser vers une humanité meilleure, mais pour juste survivre, est-il un système à suivre ?
Surtout si ce système n’est pas le même pour tous….
D’autant plus que la crise de 2008 nous a montré non seulement les limites de la mondialisation, mais aussi, faute de réflexions efficientes, qu'il n'y avait que peu de solutions pour cette crise.
Et si certains économistes s’accrochent à des chiffres quelques fois optimistes, la récente assemblée annuelle du FMI et de la banque mondiale, pourtant adeptes de la mondialisation, nous montrent bien que l’économie mondiale n’a rien réglé de ces contradictions.
Avec des perspectives de croissances de 3,5%, la perspective pour les 200 millions de chômeurs reste sombre. Nous restons étonnés devant le manque de volonté de changer le système ou le rendre plus juste alors même que le FMI admet que si les pays européens sont encore gravement touchés par la crise financière de 2008 c’est : D’un côté le passé de la crise financière reste à gérer, ce qui comprend des niveaux de dette très lourds et un chômage élevé. De l’autre les défis de l’avenir car leur potentiel durable de croissance a été fortement révisé à la baisse depuis la grande récession de 2008. (Le figaro 10/10/2014)
Certains pays, pour le FMI, sont mieux lotis face à la crise : les Etats Unis ou le Royaume Unis par exemple… Les économistes parlant alors, non de crise systémique, puisque c’est le système économique qu’il faudrait revoir, mais de crise séculaire. Et lorsque le FMI propose des remèdes structurels, ceux-ci vont toujours dans le même sens : celui de plus de restrictions budgétaires et de plus de flexibilités…
Alors que ce sont les règles du jeu même qui sont à redéfinir.
En effet, sur la grande table de la partie que se livrent les économies, dans cette véritable partie de poker, certains pays comme la France auraient cinq cartes en mains pour jouer, alors que d’autres pour cette même partie de poker, auraient en main le jeu d'un rami….
Question de système….
De façon souvent simpliste, les économistes nous présentent un monde économique divisé en deux :
La société aurait le choix entre un capitalisme qui lui-même se diviserait en deux branches : le capitalisme traditionnel, celui qui s'opposait à la structure de l'empire soviétique et qui se voulait le garant des démocraties.
Et d'autre part, l'anarcho-capitalisme qui lui, serait un capitalisme de pur marché, ultra libéral et qui serait la seule alternative aujourd'hui, des sociétés modernes avec ce rôle de la finance,  qui aurait supplanté et lié pour la majorité des pays les possibilités de gérer des politiques économiques indépendantes,.
De l'autre côté nous aurions les théories de planification, légères comme le socialisme qui elles prôneraient une intervention de l'état pour gérer l'économie.
Une des branches du socialisme et qui est parallèle dans son extrémisme à l'anarcho-capitalisme est le communisme :
 Il faut être clair, ces deux dernières idées, qui oublient la centralité de l'homme comme être social nous conduisent directement, parce qu'ils dénient la démocratie, à la dictature : dictature des hommes et ses goulags pour l'une, dictature de l'argent et sa cohorte de malheureux pour l'autre.
En réalité depuis 2008 et la crise financière, le système mondialiste a perdu de sa légitimité. Si il en avait, et les gouvernements, si de manière officielle continuent de se dire dans le système des marchés libres, ont de fait, déjà renoncé au libéralisme. Ce sont des pays comme la Grande Bretagne ou les Etats Unis par exemple, qui pour donner de l'oxygène à leurs économies, ont fabriqué de la demande par de la création monétaire. Ce que les pays européens en difficulté, comme la France, n'ont pas eu le droit de faire.
Entièrement concentrés sur des idées de suprématie du marché, les pays européens ont été victimes de la croyance selon laquelle la mondialisation financière allait continuer comme avant, que les marchés allaient se rééquilibrer, alors même que le pays symbolisant le libre-échange, les Etats Unis, jouait déjà à un autre jeu.
L'enterrement de l'âge d'or de la finance mondialiste a, d'ailleurs déjà eu lieu historiquement en 2010. Lorsque les Etats Unis comme la Grande Bretagne ont adopté un nouveau système de distribution d'argent frais, laissant l'Europe et son parlement englués dans l'ancien système.
 
Tandis que l'Europe et sa monnaie, l'euro, continuait pour surmonter la crise, à ambitionner une stabilité monétaire, soustrayant à des pays membres la possibilité de création monétaire. Aux Etats-Unis, en Angleterre ou au Japon par exemple, la dépression mondiale est traitée depuis des années, laissant loin derrière une Europe et son parlement paralysés, par l'arme suprême pour lutter contre la crise : la création d'argent qui n'existe pas.
Ainsi, à partir de 2010, la tricherie a commencé…
Alors que la France et les autres pays européens endettés comme la Grèce, l'Italie, l'Espagne ou encore le Portugal, luttaient pour se financer par des emprunts auprès du marché financier, les Etats-Unis eux, empruntaient à "eux-mêmes", au mépris des règles de l'offre et la demande et de la liberté des marchés.
Selon les règles de la finance les demandes d'emprunts des états doivent trouver preneur sur le marché financier. Or ni les Chinois, ni les Japonais ni les pays du Golfe, ne se portent acquéreur de la dette Américaine, pays aussi en difficulté.
C'est donc la Fed, c’est-à-dire la banque central américaine qui elle, absorbe les emprunts américains. Au point qu'aujourd'hui le principal détenteur d'emprunt américain est tout simplement la Fed c’est-à-dire l'Amérique. Alors que la France doit faire face à une dette de plus de deux mille milliards d'euro, l'Amérique elle dort tranquille avec une dette à la Fed de plus de mille milliards de dollars détenue par la réserve fédérale.
Cette fuite en avant a permis aux Etats Unis de tenir face à la crise. Mais jusqu’à quand ? Avec des taux d'intérêt proches de zéro, cette situation tendue était supportable. La remontée des taux qui s'amorcera rendra la situation inacceptable pour le budget américain, au risque de nous conduire à une autre crise des "subprimes" qui, cette fois seront non des prêts immobiliers mais des bons américains. Et si la Fed consciente de la catastrophe a décidé mi-octobre 2014 l'arrêt des injections de liquidité, celle-ci ne sera que lente…
Il faut alors se demander si les critiques sur la politique française qui se bat pour garder une identité de pays capitaliste, en gardant son caractère de pays social est justifiée, face à l'escobarderie de certains pays prompts à demander à la France des changements en profondeur.  
Au contraire le modèle français ne serait-il pas finalement celui qu'il faudrait imiter ? Ou du moins, la France n'aurait-elle pas un rôle central à jouer dans la refonte du système ?
La crise financière de 2008 qui s'est muée en crise planétaire, a non seulement mis à mal les économies pour de nombreuses années, mais surtout à dévaster la "Confiance citoyenne" envers les institutions et les politiques économiques. Ce n'est donc plus seulement des mesures traditionnelles qui doivent être prises, mais une véritable remise en cause des stratégies et des buts sociaux, que l'on se doit de redéfinir.

jeudi 9 juillet 2015

Le faux ami allemand



 

Alors que pour faire face à la crise les Etats Unis, le Japon, la Chine ou la Grande Bretagne ont joué avec la création monétaire, les taux d'intérêts, sans s'arc-bouter sur des politiques d'austérité comme seul objectif, l'Allemagne a conduit la politique européenne vers l'échec de sortie de la crise. Pire, sa politique a conduit à la situation difficile dans laquelle se trouve les états de l'union. En effet depuis 2010 la seule priorité allemande a été le retour aux équilibres budgétaires : ce que l'on appelle "les politiques d'austérité".

Aujourd'hui la plupart des économistes nous disent que cette politique menée par l’Allemagne a été un échec. Sans stratégie de croissance, l'Europe ravagée par l'austérité, risque de continuer à rester dans le cycle de la récession, du chômage, au risque de plus en plus grand de tomber dans un débat politique dangereux même pour les démocraties.

Les réductions des déficits prônés par Berlin, n'ont pas conduit à ramener la croissance mais ont tout simplement détruit la base de celle-ci. L'Allemagne a, en fait mené une politique économique européenne bonne pour elle-même, sans tenir compte ni des mentalités différentes, ni des cultures, ni surtout des caractéristiques et structures économiques des pays membres de l'Europe.  Et si aujourd'hui à demi-mot l'Allemagne admet tardivement le jeu de la création monétaire, elle demande en échange encore, de l'austérité et des privatisations. La première demande des pays européens serait de transférer la banque centrale européenne vers Paris et non de façon incompréhensible la laisser où elle n'aurait jamais dû être, à Frankfort.

L'Allemagne qui a conduit l'Europe à une semi faillite par ses exigences économiques ne peut plus gérer l'euro, la monnaie unique européenne. Elle ne doit plus être chargée de veiller à la stabilité des prix dans l'UE et être également chargée de définir et de mettre en œuvre la politique économique et monétaire par l'intermédiaire d'une banque centrale européenne sur son sol.

D'ailleurs c'est toute la conception allemande du "Soziale Marktwirtschaft" ou économie sociale de marché qui doit être redéfini.  En effet ce terme n'a jamais renvoyé à une expression de la société européenne qui serait à la fois, à l'instar du système français, social et de marché. Non.

 Le système imposé en grande partie par l'Allemagne est celui d'une politique ultra libérale, à l'image de ce que l'on appelle de façon inappropriée "le miracle allemand".


Car la stratégie de Berlin est pour le moins curieuse et anti européenne : le déséquilibre excédentaire de l'Allemagne est en effet pire que les déficits budgétaires de la France et des pays du sud. Ce déficit excédentaire organisé, a contribué, à affaiblir les partenaires de l'UE, et à donner une force trop importante à l'Allemagne. Cette stratégie se résume pour l’essentiel à un quasi blocage de la demande intérieure et à une orientation presque exclusive de l’activité vers l’extérieur, au risque d’accroître les déséquilibres internationaux, au niveau mondial comme au niveau européen. Ce "miracle allemand" est douloureux pour ses habitants. En chiffre c'est près de sept millions de mini-jobs à 400 euros par mois, c’est une économie qui compte proportionnellement plus de pauvres que la France, alors que le rapport était inverse au milieu des années 1990, au moment même où l’Allemagne avait encore le fardeau européen de l’absorption de la partie Est.

Alors que l'union européenne a été construite dans une optique de partenariat, le gouvernement de Berlin n'a jamais joué le jeu de la solidarité. La France qui à elle seule compte pour presque 10% de ses exportations, ce qui lui assure un excédent de 35,1 milliards d’euros, soit 22,2% de son excédent global, n'a pas jusqu’à ce jour reçu de soutien actif de ce partenaire.

 Mais pire…depuis 2008 l'Allemagne a lâché l'Europe.

Son commerce extérieur s'est redéployé de façon spectaculaire vers les marchés extra-européens. L’Union fait ainsi de moins en moins figure du grand marché traditionnel important pour Berlin. Ainsi, la quasi-stabilité de son excédent commercial depuis 2007 masque cette réorientation vers les pays étrangers à l'UE. Si l'excédent était aux 2/3 alimenté par l’Union européenne avant la crise des "subprimes". Il est aujourd’hui généré aux 3/4 en dehors de l'Europe.  Les exportations hors UE de l’Allemagne ont progressé de 131 milliards, vers les nouveaux émergents d’Asie et d’Amérique latine, et les régions productrices d’énergie.

L'Allemagne en imposant aux partenaires européens une politique d'austérité, de réductions budgétaires, d'un euro fort, et de taux d'intérêt (qui ont tardé à baisser), a perdu toute légitimé de diriger l'Europe.

La Grèce est à elle seule l'exemple de l'échec de la volonté Germanique. Avec une politique de réduction trop rapide du déficit (la même politique que l'on veut imposer à la France), le PIB de la Grèce a perdu un quart de sa valeur en six ans, avec une chute des revenus de la population d'un tiers et un taux de chômage de plus de 20%. Le quart des ménages menacés par la pauvreté reste aujourd'hui l'emblème des résultats de la volonté allemande.

Il est de la responsabilité de la France de rediriger l'union européenne vers une autre voie.

mardi 14 avril 2015

L'importance de la laïcité ou pour le peuple hébreu le DEREH ERETZ


L'importance de la laïcité ou pour le peuple hébreu le DEREH ERETZ

La France a une particularité bien défendue par le "contrat social" de Jean Jacques Rousseau. Dans la société qu'il nomme république, il existe un contrat par lequel "un peuple est un peuple". Où chacun de ses membres s'engage, promet, d'accepter des valeurs sociales universelles, qui se retrouvent dans un acte double : la défense de la liberté et la prise de responsabilité. La Liberté, l'Egalite, la Fraternité, sont trois mots qui sont, non pas seulement le fondement de cette république Française, mais le fondement de toute société qui se voudrait humaine. Et si le mot laïcité n'est pas explicitement prononcé dans son écrit, le contrat social reste un des rares textes de l'humanité qui fonde l'idée d'une société de liberté, ou s'inscrit d'abord la tolérance. Et il ne faut pas être surpris qu'il existe avec la bible un deuxième texte, même si souvent tronqué voir trompé, qui lui aussi met en avant les libertés.
Rabbi yshmael a dit : la sociabilité a devancé de vingt-six générations la torah. Il est écrit : il faut garder la "sociabilité" pour garder la torah.

Midrach raba.

  Ou encore

Rabi Eliezer ben Azaria nous dit : si il n'y a pas de torah il n'y a pas de sociabilité, si il n'y a pas de sociabilité il n'y a pas de torah.

Et ces textes, mettent en lumière une évidence oubliée, qui peut aujourd'hui nous paraitre étonnante : il n'y a pas de religion sans laïcité.

La laïcité, c’est-à-dire l'ouverture sur les idées, la tolérance, est la prémice, et la condition non seulement de la pensée religieuse, mais c'est cette laïcité qui va permettre aussi le maintien de la religion dans sa logique de droit et de justice. La laïcité est cette sociabilité dont nous parlent les textes du judaïsme. Rousseau, visionnaire de la pensée sociale, nous offre d'ailleurs un écrit peu étudié et lu : le "lévite d'Ephraïm".

Rousseau a trouvé le sujet de son récit dans la bible, dans le livre des juges, qui relate l'histoire…d'un lévite dont la concubine est violée en territoire de benjamin. Ce lévite selon la suite du récit biblique coupera le corps de la femme morte en 12 morceaux, qu'il enverra alors aux douze tribus…

Le sujet de Rousseau, d'une extrême violence n'est pas pris au hasard. En effet nous sommes dans un état hébreu où la bible vient d'être donnée. Où les douze tribus sont les contemporains des miracles de Dieu, lors de la sortie d'Egypte et pendant la traversée du désert. Et pourtant l'histoire nous décrit un environnement de violence, sans humanité, sanglant. Et c'est l'absence de laïcité au sens "du respect de tous" qui dans la société décrite dans les juges a été perdu.

D'ailleurs le livre des juges dans le chapitre dix-neuf, commence bien par la laïcité : "et il advint, hélas, en ces jours-là, et de roi, point en Israël". C'est cet oubli de la condition primaire, "la sociabilité", qui fait défaut, et cette carence conduit toute la société à sa perte.  Ce contrat social Français est ce défi que la France a délaissé depuis des années, pour imiter un système ou adopter des idées et attitudes qui peuvent être perçues comme une certaine servilité, en tout cas, surement comme une abdication.

Abraham, prophète, philosophe, révolutionnaire aussi, éveilleur de conscience surement, ne s'est jamais désisté, pour trouver son Dieu, allant jusqu’à affronter son père Terah.  Abraham n'est pas le seul à croire à l'unité de Dieu. Sem le fils de Noé a été le contemporain d'Abraham, la connaissance de Dieu est déjà une réalité du monde. Mais cette réalité doit être repensée, parce que déviée. Devenir pour un temps un "hébreu", c’est-à-dire quelqu'un qui se trouve à part, de l'autre côté[1] de la rive, ne lui fait pas peur.

Mais une défense de la laïcité comme garant du pluralisme n'est pas suffisante. Il faut utiliser cette force, pour garder l'esprit du questionnement, pour ne pas rester figé dans des conceptions, dans une pensée, mais être poussé vers la création et l'engendrement.

Sans cette impulsion, la société devient incapable de voir et de comprendre les altérations de la collectivité. Le "surplace" se transforme très vite en faiblesse et en régression.

Le choix facile de la bonne conscience, dans un comportement d'accommodements et de compromis pour garder une vitrine illusoire explose finalement en poussière. Dans le récit, ce n'est plus la loi et la vie sociale qui est respectée, mais la priorité de sauvegarder une image. Dans le récit, c'est en effet pour sauvegarder la règle de l'hospitalité, que les protagonistes de l'histoire cèdent aux "sans droits", en leur donnant pour les assouvir, une concubine, qui est violée et tuée. L'apparence sociale devenant alors une priorité, au mépris de la liberté de la fraternité et des idées de justice.

La grande leçon à tirer de ces textes se trouve aussi dans une nouvelle époque qu'il faut inventer : le temps de la solidarité.